Octobre 2016

 

 

 


Le rendez-vous à Rome, en mars 2017 pour le 60e anniversaire de la signature des Traités de Rome : un tournant pour l’avenir de l’Europe

Le message que le Conseil européen et les gouvernements nationaux ont envoyé ces derniers mois aux citoyens européens est dévastateur. Dans une situation qui exigerait plus que jamais de l’action et de la capacité d’initiative, nous voyons un Conseil qui renonce à élaborer tout projet politique en choisissant « l’immobilisme frénétique », comme le dénonçait déjà cet été Jürgen Habermas, et des gouvernements qui cherchent fiévreusement d’impossibles solutions nationales aux différentes crises. Ni ceci, ni cela ne signifie gouverner, c’est pourquoi la défiance envers les institutions et l’avenir augmente. Et avec cela, les égoïsmes augmentent au sein de la société.

L’Europe – et l’Occident – sont en train de traverser une crise des valeurs qui rappelle dramatiquement ce qui s’est passé sur notre continent dans les décennies entre les deux guerres mondiales. La croissance de l’interdépendance mondiale, affrontée sans capacité politique de leadership et d’institutions en mesure de garantir la coopération, transforme la coexistence internationale en compétition agressive aux conséquences et aux implications incontrôlables. L’Europe est le carrefour de ce désordre international, là où les pays occidentaux qui détenaient le leadership économique, avec le leadership politique et militaire des Etats-Unis, se retrouvent maintenant à vivre comme une menace la confrontation avec la montée, à son tour désordonnée et pleine de contradictions, des pays et des continents qui étaient alors considérés comme des partenaires défavorisés. Bien qu’elle soit la région commerciale la plus développée du monde, l’Union européenne continue à représenter, 25 ans après l’effondrement de l’URSS et la fin de la relation privilégiée avec les Etats-Unis, un vide énorme sur la scène mondiale, qu’il s’agisse des équilibres de pouvoir ou que ce soit sur le plan des valeurs et de la culture politique qu’elle incarne, en ne s’étant pas montrée capable de vaincre définitivement les idoles nationalistes, ni d’affirmer une nouvelle conception de communauté politique fédérale post-nationale.

Et pourtant, le monde, dans cette phase, aurait un besoin désespéré d’un leadership politique et culturel européen, capable d’exprimer une idéologie de recherche de la stabilité et de la coopération. Et il aurait encore plus besoin de voir s'affirmer et transformés en institutions solides, les références morales, historiques et politiques qui résident exclusivement dans les raisons et les racines du processus de l’unification européenne – références qui ne peuvent s’affirmer dans le monde qu’à travers le succès de ce processus.

A bien y regarder, ce fut le sens profond de l’hommage que Renzi a voulu rendre cet été à Ventotene, à Altiero Spinelli et à son Manifeste pour une Europe libre et unie, avec Merkel et Hollande. Parce que, à ce tournant de l’histoire, seule une Europe capable d’exprimer la volonté politique de mener à son terme l’unité politique, de dépasser les égoïsmes et les blocages, de donner vie à de solides institutions supranationales capables d’agir à la place des Etats dans le cadre de leur compétences et de répondre directement aux citoyens européens et non plus seulement aux 27 peuples nationaux, peut inverser la tendance dangereuse en cours au niveau global. Sans ce tournant, que seuls les Européens peuvent imposer pacifiquement  à travers leur exemple, la démocratie libérale et les valeurs d’égalité et de justice sociale qui constituent la caractéristique et la fierté de l’Occident, sont destinés à être submergés. Les signaux qui viennent de Grande Bretagne et des Etats-Unis d’Amérique le confirment d’une manière préoccupante.

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Les causes profondes de la crise de la démocratie occidentale que tous les observateurs relèvent – crise qui s’entremêle avec le refus croissant de la globalisation – sont en dernière instance à la fois politiques et culturelles. Politiques, dans la mesure où les Etats occidentaux, des Etats-Unis aux Etats européens, n’ont pas été capables de gérer la globalisation d’une manière prévoyante et ont accumulé des contradictions et des faiblesses dans le système économique et social que la crise financière et économique a brutalement placées au premier plan ; et culturelles parce que, en même temps, le développement d’une pensée politique permettant de comprendre les changements en cours et les défis connexes, en indiquant la direction vers laquelle faire évoluer les institutions à tous les niveaux, a fait défaut.

L’objectif aurait dû être celui de garantir la paix sociale et la solidarité au sein des différentes communautés politiques et vers l’extérieur, entre les pays et les peuplesn; celui de faire croitre la conscience et le sens des responsabilités de chacun à l’égard de l’intérêt général en développant une implication constructive des citoyens dans la vie publique ; et, à la fois, celui de gérer les effets de l’interdépendance globale et des développements technologiques au sein des différents contextes territoriaux et sociaux. Mais cet objectif n’a pas été atteint parce qu’on a tenté de le poursuivre en utilisant les anciennes catégories traditionnelles, désormais inadéquates, de l’opposition droite/gauche, en allant même jusqu’à en dénaturer les références. C’est seulement maintenant que commence à se faire jour la compréhension que la nouvelle véritable ligne de division, au XXI siècle, passe au contraire entre ce que certains observateurs définissent comme le nationalisme raciste et ce que beaucoup appellent le « libéralisme cosmopolite », mais dont la référence correcte est celle du fédéralisme comme il s’est caractérisé et progressivement développé dans l’expérience du processus de l’unification européenne ; du Manifeste de Ventotene à l’élection européenne, en passant par le projet Spinelli et la monnaie unique, jusqu’aux propositions développées ces dernières années par les rapports de la Commission et des différents Présidents des institutions de l’Union et les rapports actuellement en voie de finalisation au sein du Parlement européen pour le renforcement de l’Union européenne et pour son évolution institutionnelle vers une véritable fédération.

La politique, au sens élevé et noble du terme est aujourd’hui à un tournant. C’est sur la capacité du Parlement européen de faire avancer avec ténacité et courage ces rapports, sur la capacité et la clairvoyance des gouvernements pour initier l’ouverture d’une phase qui doit être constituante, que l’on décidera non seulement de l’avenir de l’Europe, mais aussi du destin du monde. Si, en revanche, surtout les chefs d’Etat et de gouvernement ainsi que les parlements continueront à maintenir l’opinion publique dans la confusion au lieu de la guider vers le bien commun en utilisant dans un tel but le pouvoir qui leur a été délégué, le populisme et la xénophobie continueront à croitre et la démocratie sera submergée.

Le temps presse et nous pourrons en faire rapidement la vérification. Si l’occasion du 60e anniversaire des Traités de Rome, le 25 mars 2017, doit être un tournant pour l’Europe – et il ne peut pas ne pas l’être – il ne suffira pas de donner le feu vert aux nécessaires politiques concrètes pour apporter des réponses à court terme aux problèmes des citoyens, mais il faudra aussi ouvrir le chantier de la réforme des institutions, chantier pour lequel les propositions qui ont été développées au sein du Parlement européen constituent la base de départ indispensable.

C’est pour cela qu’il sera important d’être à Rome à cette date : pour démontrer qu’il existe encore un large consensus sur la nécessité de faire l’Europe et pour revendiquer le saut qualitatif vers une Europe fédérale.

Pour tous, rendez-vous à Rome le 25 mars 2017.

Publius

 

 


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